Voulez-vous des enfants impolis et rebelles ?


Doit-on exiger de nos enfants qu’ils soient polis, qu’ils disent bonjour, merci et s’il-te-plait sur commande ?

Déjà… demandons-nous ce que veut dire « bonjour ». Que veulent vraiment dire merci et pardon ?

Admettez-le, nous sommes nombreux à dire très rapidement « Bonjour. Ça va ? » sans avoir conscience du sens de ces mots. D’ailleurs, nous n’attendons même plus la réponse. Parfois même, nous ne regardons même pas notre interlocuteur dans les yeux.

On les dit de manière tellement automatique que ces mots ne veulent finalement plus rien dire. Idem pour le « s’il-te-plaît » qui, théoriquement, sous-entend que, s’il ne me plaît pas, je peux refuser.

Des expressions vides de sens. Et pourtant, nous demandons à nos enfants de faire les petits robots et d’être bien polis.

Accepteriez-vous cela pour vous ?

Pour moi, ce qui compte c’est que l’enfant ne dise pas bonjour par automatisme mais qu’il souhaite le BON jour. Ce qui est vraiment très différent.

De la même façon, il y a plusieurs choses qui me gênent dans le fait d’exiger que les enfants disent pardon.

J’ai vu plusieurs parents accompagner leur enfant et qui, le voyant agresser un autre enfant (volontairement ou pas), le prennent fortement à parti en voulant absolument faire justice et en exigeant qu’il demande pardon. Très souvent même, en exigeant qu’il fasse un bisous pour se faire pardonner. « Dis pardon et va faire un bisou ! »

Pour moi là, c’est pas ok. Pour l’enfant qui a subi cette maladresse ou cette violence, se faire embrasser par son agresseur c’est finalement comme une deuxième agression.

Imaginez vous faire agresser par quelqu’un physiquement ou psychologiquement, et cette personne, là, de manière automatique, vous dit « oh je suis désolé, tiens je te fais un bisou ». Accepteriez-vous que votre agresseur vienne vous faire un bisou ? Je ne sais pas, vous. Mais moi, je prendrais ça pour une deuxième agression. Et sincèrement, je ne le laisserais pas m’approcher.


Imaginez que vous ayez piqué une grosse colère avec un ami ou avec votre partenaire Et, vous vous rendez compte que vous avez un petit peu abusé. Et que ce serait très juste d’aller vous excuser.

Alors, il y a des personnes qui y arrivent plus facilement que d’autres. Bravo à elles ! 😉 Mais je sais que pour moi et pour beaucoup d’autres personnes, c’est difficile. Nous avons besoin d’un peu de temps pour que nos émotions s’apaisent avant d’aller vers l’autre et nous excuser avec le cœur.

Et nos loulous, ils en pensent quoi ?

Qu’est-ce qu’un enfant peut retenir d’une situation où on exige de lui qu’il demande pardon ? Il y a essentiellement deux possibilités.

La première : il peut trouver ainsi une belle porte de sortie ! C’est-à-dire que dire pardon, comme ça, rapidement, pour faire plaisir aux délires des parents, c’est vite fait et on lui fiche la paix.

Ce qui peut se passer aussi, la plupart du temps, c’est que l’enfant se sente humilié par cette situation.

C’est humiliant d’avoir un adulte qui nous répète « dis pardon dis pardon » , alors qu’à chaud, l’enfant ne comprend pas toujours ce qui s’est passé : ni sa part de responsabilité, ni les conséquences de ses actes. Les jeunes enfants n’ont pas la maturité émotionnelle et cérébrale nécessaire pour prendre du recul sur la situation.

Et du coup, cette humiliation, l’enfant peut la cristalliser. Elle va se transformer en rancune vis-à-vis de son parent ou en rancune vis-à-vis du copain qu’il a lésé parce que c’est de sa faute si il se fait gronder et humilier de cette manière.

Il peut aussi cristalliser cette humiliation et cette colère à l’intérieur de lui. Je vais vous faire une confidence et vous parler de ce que ça a eu comme conséquence sur moi. ça fait que j’ai grandi et je suis devenue une adulte qui a beaucoup de mal à s’excuser. Ben oui, pour moi, dire « je suis désolée » est associé à de l’humiliation depuis longtemps.

Alors je travaille dessus ! J’ai fais des progrès mais j’ai encore une marge d’évolution à faire pour défaire cette association négative et intégrer le vrai sens de ce pas vers l’autre.

Voilà pourquoi j’essaie avec mes enfants et avec les familles que j’accompagne de retrouver le sens de tous ces mots magiques.

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Comment les aider à s’approprier ces mots magiques ?

 

  • Dans les gestes du quotidien par exemple ! Si mon enfant me bouscule ou me fait mal dans un jeu (volontairement ou pas), je lui exprime ma douleur. Et je lui exprime que là, c’est pas possible. Que dans ces conditions, je ne peux pas jouer avec lui. Alors soit on fait attention l’un à l’autre, soit on arrête le jeu.
  • Grâce à l’empathie ! Un enfant est naturellement joyeux, empathique et coopératif. Il sera touché si on lui parle sincèrement des conséquences de ses actes ou de ses mots. Et ça s’arrête là. Il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes.
  • Par imitation et mimétisme. Dites-lui de vrais pardon, de vrais merci. Ouvrez votre cœur aux personnes que vous rencontrez et montrez l’exemple. Le pardon et les autres viendront naturellement.

Bien sûr, refuser d’exiger un pardon ne revient pas du tout à refuser d’établir une réparation !

Pour moi, c’est important qu’il y ait réparation pour la victime. La victime a surtout besoin d’être entendue dans son chagrin, dans sa peine, dans son incompréhension, dans sa douleur. C’est ça qui est réparateur pour elle.

Moi aussi, j’ai demandé plusieurs fois à mes enfants de dire pardon. Des fois, j’ai encore le réflexe de dire « et là tu dis quoi ? » quand je leur tends un objet et que j’attends le merci qui va bien. Ou je dis avec ma voix de mégère : « avec un s’il-te-plaît ce serait mieux ». Oui, j’ai encore des automatismes qui reviennent de temps en temps. Mais j’essaie au maximum de les accompagner à comprendre le sens de ces mots-là au plus profond de leur cœur.

Honnêtement, est-ce qu’on ressent de la victoire à arracher de la bouche de nos enfants un pardon, un merci, un s’il-te-plaît ?

Qu’est-ce qu’on gagne dans ce rapport de force ?

Laissez les enfants expérimenter ! Laissez les enfants apprendre de leurs erreurs !

Aidez-les, guidez-les dans cet apprentissage. Aidez-les à prendre conscience de l’impact de leurs mots et de leurs comportements sur les autres.

Aidez-les à entretenir leur empathie naturelle.

Aidez-les à comprendre le sens de tous ces mots magiques pour qu’ils puissent les dire vraiment avec le cœur.

Comments 2

  1. Christian
    4 mars 2019

    merci beaucoup pour cet article éclairant

    1. marine
      29 mars 2019

      Avec plaisir Christian ! 🙂

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