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“Il est trop porté cet enfant, il deviendra capricieux !” Vraiment ?

Lors d’une chouette discussion avec une copine, nous avons échangé sur les valeurs éducatives que nous souhaitions transmettre à nos enfants. Nous avons évoqué les fameux “enfants rois”, le lien mère-enfant, l’impact psychologique de la garde partagée chez les tout-petits… Tant de sujets qui m’intéressent et qui mériteraient un article dédié pour chacun d’entre eux !

Et puis, mon amie m’a parlé du lien entre le portage à bras et les caprices. Elle me dit “ c’est sûr, il faut les laisser pleurer et ne pas les porter tout le temps, sinon ça en fait des capricieux.” Hop hop hop, là, mon avis est bien différent du sien et je sais que je vais en agacer plus d’un-e avec ce qui va suivre !

Répondre aux besoins du bébé “manipulateur”

Les besoins vitaux d’un nouveau-né sont déjà multiples. Les besoins physiologiques (respirer, manger, éliminer, se mouvoir, dormir…), sont bien entendu couramment reconnus.

Mais le nourrisson a aussi des besoins relationnels. En effet, S. Lebovici psychiatre et psychanalyste français, a démontré que le bébé a un fort besoin d’attachement.

Selon J. Bowlby, psychanalyste anglais, ce besoin est présent dès les premiers instants de vie.

C’est un besoin fondamental et inné car le nouveau-né a besoin de relation et d’affection comme il a besoin de manger. Bowlby soutient que l’attachement est un processus instinctif destiné à assurer la survie de l’espèce en maintenant la proximité entre un nourrisson et sa mère.

Le bébé n’est donc pas du tout un manipulateur lorsqu’il exprime par les pleurs son besoin fondamental de relation et de contact.

Ainsi, croire qu’il ne faudrait pas prendre un bébé dans les bras lorsqu’il pleure parce que ce serait une mauvaise habitude pour lui est aujourd’hui largement invalidé par de nombreuses expériences qui, au contraire, montrent que les bébés bien calmés dans les premiers mois de vie sont ceux qui ensuite pleurent le moins.

Un bébé porté est un bébé rassuré par les bercements, un bébé dont les neurones miroirs sont pleinement activés, un bébé pouvant observer le monde en sécurité. Un bébé porté est un bébé qui pleure moins longtemps, qui est moins stressé, qui a moins de coliques.

J’entends une petite voix   me dire “on fait comment quand on en a plusieurs ? ”, “je ne peux pas le porter toute la journée, j’ai mal au dos”… ou des amis à bout de nerf face à leur bébé aux besoins intenses “ je n’en peux plus de l’entendre pleurer, je n’ai pas du tout envie de le prendre dans mes bras, j’en ai marre, il est tout le temps collé à moi !”.

Répondre à ses besoins ne veut pas dire être entièrement à sa disposition ! Bien sûr, chacun ses limites.

Si on n’en peux plus, il vaut mieux laisser le bébé pleurer en sécurité dans son lit et se ressourcer quelques minutes, le prendre dans ses bras avec un sentiment d’agacement ne fera que lui transmettre quelque chose de négatif.

De plus, je sais que nous n’avons que deux bras et souvent beaucoup de choses à faire ….. mais on peut ressembler à la déesse Durga grâce au portage en écharpe !

 

De la confiance vers l’autonomie

Comme évoqué précédemment, J. Bowlby relie l’attachement au besoin de contacts sociaux. Il soutient que le nourrisson se sent plus ou moins en sécurité en fonction de la façon dont on répond à ses besoins.

L’attachement débute dès la grossesse et s’établit dans les trois premières années de sa vie. Il va influencer la façon dont l’enfant va ensuite établir ses relations sociales pour le reste de sa vie. Le but est que l’enfant se sente en sécurité, protégé et confiant.

“La tendresse déclenche la sécrétion de dopamine, sérotonine et ocytocine — les molécules de la joie, de la sérénité et du bonheur — qui calment l’amygdale et diminuent la sécrétion des hormones de stress. Le parent est comme une station essence, une base pour refaire le plein régulièrement.”— Isabelle Filliozat 

 

Fort de ce sentiment de sécurité affective, il a confiance aux autres, confiance en lui (se sentir capable, être hardi), il a de l’estime pour lui-même (aptitude à s’aimer).

Il est bien dans son corps et dans sa tête. Cela lui permet de se sentir suffisamment épanoui pour commencer tout processus cognitif (ouverture au monde, découvertes, apprentissages, jeux…). Il est serein pour partir librement en croisade vers l’autonomie.

Ainsi, porter un bébé dès qu’il en exprime le besoin n’en fera pas un bébé capricieux ou un bébé “pot de colle”. Au contraire, c’est l’aider à mieux se séparer.

 

Mais alors, pourquoi est-il si capricieux ?

Simplement parce que c’est un enfant.

Croire qu’un bébé veut imposer sa volonté dès les premiers mois, c’est voir déjà un rapport de force dans la relation. Un très jeune enfant, n’est pas capable de construire un scénario de manipulation. Il ne fait pas ça pour nous énerver ou parce qu’il est méchant. Les “colères” des tout-petits sont liés à leur incapacité à gérer leurs émotions et leurs frustrations.

“L’enfant ne cherche ni à tendre un piège à ses parents, ni à les tester. Il n’en a tout simplement pas les capacités intellectuelles”. — Isabelle Filliozat 

Il n’est pas encore capable de raisonner pour appréhender la réalité face à ses désirs. Il réagit avec force et parfois avec violence à différentes frustrations variant selon son stade de développement.

Vers 12–14 mois, il commence à marcher et à avoir accès à de nouvelles interdictions.

A partir de 18 mois apparait le besoin de dire non, de s’affirmer en tant qu’individu, de revendiquer son autonomie…

Vers 2 ans, un enfant ne peut toujours pas se représenter le futur et s’agite si on exige de lui des choses qu’il n’est pas capable de comprendre. Et tout cela est plutôt sain !

 

 

“Un enfant devrait pouvoir exprimer désirs, avis, mécontentements, avec des mots dès qu’il peut les utiliser, sans que ce soit compris comme de l’opposition , et/ou sans que les adultes se croient obligés de le satisfaire”. — C. de Truchis

Un enfant docile, obéissant et silencieux : c’est moins fatiguant peut-être. Mais ça m’inquiéterait beaucoup ! Cela voudrait dire qu’il renonce à son désir et se soumet au désir des autres. Vous aimeriez lui apprendre ça ? Comment ça résonne chez vous ?

C’est parfois épuisant d’expliquer, de négocier et de consoler encore et encore pendant cette période sensible de la petite enfance qui commence vers 18 mois et qui peut durer jusqu’à « l’âge de raison » (environ 7 ans).

Mais pourquoi est-ce si insupportable un enfant qui fait une colère ?

Qu’est-ce que ça réveille chez nous ? Quelque chose d’hier (dans notre enfance, notre éducation) ou bien un soucis d’aujourd’hui (notre manque de temps, notre fatigue, notre besoin d’être entendu, notre propre colère enfouie).

Est-ce vraiment de la faute de l’enfant ?

Apprenons d’abord à gérer nos propres frustrations/colères et accompagnons les enfants pour qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs que nous !

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