Education autoritaire ou laxiste ? Et s’il existait une troisième voie… (Part 2)

Grâce aux progrès scientifiques (résumés dans la 1ère partie ici), nous savons désormais que c’est la relation empathique, bienveillante et encourageante qui fait que le cerveau se développe bien. Les preuves apportées par les neurosciences sont là pour nous ouvrir les yeux. Nous : parents sceptiques, conservateurs ou non intuitifs.

A présent, on ne peut plus nier l’impact de nos comportements sur nos enfants. Ou en tout cas, on connait les dommages et on agit et interagit avec nos enfants en ayant conscience de ça. On sait donc ce qu’il faut faire mais il y a encore et toujours beaucoup de résistances. Alors qu’est ce qui nous freine dans cette évolution ? Aurait-on peur de quelque chose par hasard ?

La peur du changement et la méconnaissance de l’enfant

En effet, la peur du changement est légitime car nous sommes toujours coincés dans des habitudes millénaires. Des habitudes gouvernées par des croyances très très anciennes qui considèrent l’enfant comme un petit animal sauvage qu’il faut dresser. L’enfant est encore considéré comme un être de pulsion et notre rôle d’adulte est de freiner et contrôler ses pulsions.

Il y a environ 30 ans, les bébés étaient encore jugés comme des êtres sans âmes, comme de simples tubes digestifs. L’enfant est souvent perçu comme un être manipulateur et mauvais, qui fait des caprices : “il me cherche”, “il me provoque”, “il fait son cinéma”….

Avec toutes ses croyances culturelles, on pense encore aujourd’hui qu’éduquer un enfant c’est lui poser des limites et lui apprendre la frustration pour le préparer à la dureté du monde. C’est normal que la majorité des parents s’accrochent à ces convictions, car on a toujours cru que c’était la bonne façon de faire. Alors comment faire, par quoi remplacer, comment nous remettre en question ? ça demande du temps, de la réflexion et de la volonté pour briser des habitudes ancrées si solidement dans les esprits.

La peur de l’enfant tyran et de l’effet pervers du laxisme

Quand le sujet de l’éducation empathique et positive est abordé, les gens font souvent une confusion avec l’éducation laxiste. C’est une erreur. La bienveillance est à considérer comme une autre voie possible entre l’autoritarisme et le laxisme.

 

“On a dupé la plupart des gens en les persuadant que la permissivité était à l’origine de tous les maux des enfants d’aujourd’hui, et qu’une discipline autoritaire renforcée par les punitions était le seul remède à tous ces maux. Cette croyance est erronée. Nous avons donc besoin d’une manière tout à fait nouvelle de traiter les enfants, qui ne fait des parents ni des dictateurs ni des paillassons.” Thomas Gordon [8]

Je suis moi-même très critique par rapport à la permissivité. L’éducation positive n’est certainement pas une démission des parents. Il ne s’agit aucunement d’abandonner l’enfant à lui-même. Le parent se positionne plutôt comme un guide, un exemple. Il doit être cohérent avec ses valeurs.

Un parent a le droit de ne pas être d’accord avec l’enfant, mais il le dit avec compréhension et en étant empathique et bienveillant. Il connait les principales étapes de développement de son enfant, il développe la joie d’être ensemble, sans rapport de force. Il fait également preuve d’imagination et de créativité.

“Nous vivons dans une culture qui ne reconnait pas le métier de parent comme activité valide et importante. Il paraît tout à fait acceptable que les gens se consacrent à 100% à leur carrière professionnelle, à leurs relations amoureuses, ou “à se trouver”, mais non à leurs enfants. Accorder la priorité à un enfant, avec cohérence, dévouement et attention, ce serait le “gâter”. M. et J. Kabat Zihn [9]

Parce que changer ses habitudes exige beaucoup d’énergie et de détermination

Il est très difficile d’accepter le changement en matière d’éducation car c’est ouvrir des blessures passées, c’est remettre en question l’éducation des ainés. Oulala, miséricorde ! ça va nous retomber dessus, cette histoire. Et oui, assumer de remettre en question l’éducation que nous avons reçue, nous perturbe déjà beaucoup nous-même et par la même chamboule une famille entière sur plusieurs générations.

A nous de faire preuve de détermination et de patience pour que les petites graines que nous semons finissent par germer dans les esprits.

Accepter de changer de paradigme sur l’éducation, c’est aussi regarder nos défauts à la loupe. C’est pourtant indispensable d’être conscients de nos propres blessures du passé pour éviter de laisser nos enfants les porter à leur tour. Il serait bon de briser ce cercle vicieux.

Je trouve que c’est une situation assez instable d’être parent dans cette transition de génération. Certaines personnes ont du mal à vivre cette évolution. Elles se sentent perdantes des deux côtés : déjà dominées pendant leur enfance et on leur conseille aujourd’hui de perdre ce pouvoir quand elles sont parents ! Ça provoque souvent un sentiment de jalousie. Nous pouvons nous sentir en compétition avec nos enfants. Nous pouvons aussi nous sentir indignés par leurs demandes parce que ça réveille des choses de notre propre enfance et qui ne nous ont pas été transmises. Essayer de donner ce que nous n’avons pas reçu exige une grande quantité d’énergie et peut révéler un sentiment d’insécurité. [6]

De plus, se connaître demande du temps et de l’engagement. Selon moi, le premier travail à faire est de commencer à améliorer nos propres relations. Les enfants voient, les enfants apprennent.

Nous pourrions nous déconditionner de nos habitudes pour développer la patience, l’intelligence émotionnelle, la capacité de tendresse et d’empathie. Oui, l’empathie s’apprend et se transmet. Elle est rare dans nos générations encore. Beaucoup d’adultes sont coupés de leurs propres sentiments, car ils n’ont eux-mêmes pas reçu beaucoup d’empathie dans leur enfance. Et souvent la réaction est : on ne va pas en plus se soucier d’écouter les émotions de nos enfants ! Ben, comment vous dire, ce serait pourtant vachement bien … 😉

Nos choix et nos actions éducatives sont souvent guidés par notre amour pour nos enfants. Parce que nous les aimons, c’est certain. Malheureusement, l’amour d’un parent ne suffit pas.

 

“Et si aimer suffisait à un enfant, ça se saurait. Un enfant a besoin de tellement plus que ça. Il n’a pas juste besoin d’un coeur. Il a besoin de bras qui entourent, d’épaules solides qui portent, de jambes qui vont loin, et d’un cerveau qui se remet en question… L’aimer, c’est le minimum qu’on puisse lui offrir.” [10]

Aimer est le minimum que l’on puisse faire. L’essentiel est d’être un exemple et de se comporter de façon cohérente. Les enfants apprennent tellement plus en nous regardant vivre qu’en nous écoutant leur dicter la soi disant bonne conduite que nous ne nous respectons pas nous-même.

Pour être un parent bienveillant, nous devons avant tout être cohérent et congruent. La congruence, c’est une idée chère à Agnès Dutheil. Elle la définit comme « l’idée d’un alignement tête/coeur/corps (la tête étant le siège de nos valeurs et de nos pensées, le coeur celui de nos sentiments et de nos affects, et le corps mettant le tout en mouvement). » [11]

Il existe beaucoup d’outils et de méthodes (Gordon, Faber et Mazlish, Superparents.com, communication non violente…) présentés sous forme d’ouvrages ou d’ateliers pour aider les parents à éduquer leurs
enfants. C’est une bonne chose. Ce sont des techniques utiles pour apprendre à mieux communiquer avec son enfant.

Le bémol, c’est qu’elles sont basées, pour la plupart, sur la communication verbale. Or, on sait que les mots ne représentent environ que 7% d’un échange. C’est peu. Ce qui est beaucoup plus important que ce que nous disons, c’est ce que nous sommes !

“Les enfants ont davantage besoin de notre authenticité (qui passe aussi par l’expression de notre vulnérabilité) que d’efficacité éducative, à proprement parler” K. Le Goaziou [7]

Oui, c’est possible de faire autrement

Pour ceux qui commencent à croire qu’une autre voie est possible, osez dépenser un peu de votre temps et de votre énergie à y réfléchir.

 

“Nous pouvons vraiment accompagner nos enfants sans répression, il suffit de le décider et de s’y entrainer !” C. Dumonteil Kremer [6].

L’éducation positive et créative, ce sont des solutions à long terme qui favorisent le développement de l’autonomie, de la responsabilité et de l’estime de soi de l’enfant. Voici quelques repères :

  • Certains comportements ne sont pas acceptables mais ils peuvent être considérés entièrement et on peut le lui dire avec fermeté mais bienveillance.
  • Plutôt que de dire “non”, on va lui enseigner comment faire.
  • On choisit d’incarner les valeurs qui vont s’enraciner chez l’enfant et qui lui serviront toute sa vie.
  • On enseigne l’empathie et on la pratique pour nous-même.
  • On accueille ses émotions. On l’aide et on l’autorise à les exprimer. Pas de longs discours, on sert de modèle avant tout.
  • On renforce ses talents naturels pour qu’ils deviennent les forces dont il aura besoin pour gérer toutes les situations de la vie [11]
  • On communique clairement nos attentes, nos règles et nos limites. Sans rapport de dominant/dominé.
  • On établit une relation de respect mutuel et naturel avec notre enfant.
  • On apprend à changer de vitesse lorsque nos besoins sont en conflit avec les besoins de notre enfant. On ne reporte pas nos frustrations et nos sentiments de contrariété sur eux.
  • “On utilise le jeu comme moyen d’épanouissement physique et psychologique, de partage et de connexion relationnelle” [7]
  • On cultive la joie de vivre comme l’explique C. Dumonteil Kremer dans son dernier livre [6]. “La créativité est un élément déterminant dans la recherche d’alternatives à la violence éducative”

Il faut du courage et de la patience pour créer de nouveaux modèles affectifs et relationnels dans sa vie, mais ça vaut le coup !

“Si l’on fait ce qu’on a toujours fait, on obtient ce qu’on a toujours obtenu.” P. Watzlawick

J’ai choisi d’apprendre à poser un cadre sans menace, ni chantage affectif, ni culpabilisation, ni punition/récompense, cela prend du temps et beaucoup d’énergie. [6] Et depuis que j’ai fait ce choix, des portes s’ouvrent. Je grandis avec mes enfants. Je me libère de poids inutiles qui se transmettent à travers les générations. Des poids dont ni moi, ni mes enfants ne sommes responsables.

Je suis convaincue que la parentalité positive devient un art de vivre épanouissant pour ma famille. A leur côté, je retrouve ma créativité et j’améliore mes capacités relationnelles. Mes relations plus ou moins proches en profitent également. Ça résonne positivement chez certains tandis que je suscite encore de l’incompréhension chez d’autres. Forcément, le résultat n’est pas visible immédiatement, mais tôt ou tard ma détermination portera ses fruits.

Je m’arrache encore parfois les cheveux devant les conflits déstabilisants et bruyants de mes filles. Je tâtonne chaque jour car il faut continuellement s’adapter. Pour trouver l’attitude juste, je dois évoluer avec elles. Je hausse encore le ton quand je suis démunie face à une situation. Ou je fais les gros yeux quand je suis trop fatiguée pour négocier ou être créative. J’y travaille, je m’entraîne et je vois apparaître de plus en plus d’automatismes positifs.

ça fait toujours sourire mes interlocuteurs quand je tente de discuter de parentalité positive avec eux alors que l’une ou l’autre de mes filles vient d’exprimer très très fort son refus de prêter ou d’aller se coucher. Mais je reste positive et à ma place. Ostiane Mathon précise très justement que l’humilité et l’optimisme sont les deux qualités essentielles d’un éducateur [7]. Et en plus, je crois que l’optimisme est contagieux !

Illustration de http://crayondhumeur.blogspot.fr/

Dans votre vie, vous parvenez sûrement à vous remettre en question dans plusieurs domaines alors pourquoi ne pas accepter d’évoluer dans le domaine de la parentalité ? Je disais plus haut que l’amour ne suffit pas, c’est vrai. Mais c’est une bonne source de motivation pour faire le travail, voir les choses positivement et changer de paradigme. En attendant vos réactions, voici la jolie phrase d’Isabelle de Lisle dans “Je crois en toi !”.

“Il appartient à chacun de fabriquer son “élixir” à partir de ses propres ressources pour ré-enchanter sa manière de vivre et d’éduquer” I. de Lisle [7]

Sources

[1] D. Winicott, “La mère suffisamment bonne”, 2006.

[2] I. Filliozat, “Il n’y a pas de parent parfait”, 2008.

[3] N. Guédeney, “L’attachement — un lien vital”, 2011.

[4] O. Maurel, “Oui, la nature humaine est bonne”, 2009.

[5] C. Gueguen, “Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau”, 2015 et “Vivre heureux avec son enfant”, 2015.

[6] C. Dumonteil-Kremer, “Une nouvelle autorité sans punition ni fessée”, 2014.

[7] M. Basque, K. Le Goaziou, I. de Lisle et O. Mathon, “Je crois en toi !”, 2016.

[8] T. Gordon, “Eduquer sans punir”, 2013.

[9] M. et J. Kabat Zinn, “A chaque jour ses prodiges : être parent en pleine conscience”, 2015.

[10] Article sur le blog Reggio & Twins.

[11] A. Dutheil, “La psychologie positive avec les enfants”, 2015.

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